Articles Interventions

Images de luttes : quels usages ?

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Filmer les manifestations politiques procède d’au moins deux exigences : de netteté, et d’efficacité. Exigence de netteté, d’abord. Partout où il existe du brouillage, de la désinformation ou du chantage à la vérité, nous opposons la clarté des images.

Les images, a minima, documentent et invitent les récits du pouvoir à comparaître devant des faits bruts : rassemblements passés sous silences, répression des militant-e-s, multiplication des violences policières. Exigence d’efficacité, ensuite. Les images alimentent l’énergie collective de la lutte pour le présent et pour l’avenir.

« Ce qui nous intéresse, c’est la nature et la durée de la lutte. Et une part de cette lutte, notre pratique, consiste à transmettre les histoires et faire des images. Et à assurer aux gens qui s’y impliquent, qui mettent leur corps en jeu, qu’ils sont reconnus »
– Haskell Wexler, Four Days in Chicago, 2013

En cela, la multiplication des pratiques de vidéo amateurs est une excellente nouvelle. Chacun-e, avec une caméra, un appareil photo, un téléphone, un petit logiciel de montage, fait siennes ces deux exigences et apporte sa pierre à la lutte en cours et à venir.

S’il y a tout lieu de se réjouir, il y a aussi lieu de s’interroger. Car dire « tout le monde filme », c’est admettre sa conséquence, à savoir que « tout le monde regarde », et que « tout le monde » n’est pas bien intentionné. Si l’image est un formidable moyen d’action politique, elle est aussi un féroce instrument de fichage, d’identification et de répression des militant-e-s politiques. On ne compte plus les dispositifs vidéo employés par la police elle-même pour surveiller et accuser les manifestant-e-s : caméras-piéton, drones, caméras de vidéosurveillance, etc. Il nous faudrait donc, de notre côté, user des images avec la plus grande précaution. C’est ici la question des pratiques que nous voudrions poser, plutôt que la question des raisons.

Comment filmer les manifestations, les révoltes, les émeutes, sans compromettre leurs participant-e-s ? Que faire des applications de retransmission en direct (Periscope) ? Quel est le statut juridique d’une vidéo ? Quelle est le champ d’extension de la vidéo-verbalisation ? Toutes ces questions n’en formant qu’une : comment ne pas perdre la bataille des images ?

Nous invitons également et chaleureusement tous les militants filmeurs ou filmés, lycéens, étudiants, chômeurs, intermittents, salariés, masqués ou non masqués, syndicalistes ou non affiliés, manifestants déterminés ou votants nuitdeboutistes, membres de legal team et street médics, à se joindre à la discussion pour partager leurs expériences, savoirs, réflexions et pensées sur les images de lutte. Cette réunion voudrait aboutir à une première synthèse, destinée à être distribué sous forme de tract à l’occasion des actions et manifestations que nous ne manquerons pas de tenir au mois de juin.

24 mai / Images de luttes : quels usages ? / Débat

Lire aussi
Attention chutes d’images par samizdat.net


Photo © Gaspard Glandz.
Le 28 avril, face à l’appareil de MnoMan, la police braque un FlashBall et des lumières pour l’éblouir…

Articles Initiatives

Journalistes debout !

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De Beauvoir et Sartre vendent la Cause du peuple

Dans le cadre du mouvement Nuit Debout, nous avons pensé qu’il serait judicieux d’associer à cette convergence des luttes celle pour un journalisme responsable, honnête, libre, divers et de qualité. Combat que nous menons déjà pour la plupart mais qu’il serait bon d’affirmer en ces temps de politique de l’info low-cost, de l’audience reine et du buzz. Politique qui touche l’ensemble des médias : des agences de presse aux organes de presse écrite en passant par la radio, la télévision et internet.

Cette situation se matérialise par un discrédit important auprès de nos lecteurs, auditeurs et téléspectateurs. Dans le même temps, poussée par une volonté extrême de rationalisation économique, notre profession se précarise. Le tout au profit d’une abrutisation rampante de la société.

Cet engagement prendra la forme d’un Manifeste des journalistes debout, que nous vous inviterons à signer, si vous êtes en accord avec son contenu.

Pour commencer l’écriture de ce manifeste, nous avons besoin de vos témoignages :

Journalistes, rédacteurs, pigistes, JRI, photographes de presse, documentalistes radio, stagiaires, précaires… vous tous dont le métier est de transmettre l’information

  • Vous avez été censurés dans la rue ou par votre hiérarchie
  • Vous travaillez pour un employeur qui contourne la convention des journalistes en vous imposant abusivement un statut d’auto-entrepreneur, d’intermittent… ou en vous payant en droit d’auteur
  • Vous subissez une pression constante pour améliorer votre productivité (quantité d’articles à écrire, reportages à réaliser…)
  • Vous n’avez plus les moyens ni le temps d’aller sur le terrain
  • Vous n’avez plus les moyens ni le temps d’enquêter
  • Vous n’avez plus les moyens ni le temps de recouper vos informations
  • Vous devez choisir vos sujets en fonction de leur potentiel d’audience
  • Vous devez créer du contenu plutôt que traiter de l’information
  • Vous publiez des articles non-relus
  • Vous avez des managers, et non plus des rédacteurs en chef
  • Vous avez été témoins de suppressions de poste, de coupes dans les budgets piges et dans les salaires
  • Vous avez choisi d’être pigiste et vous enquêtez des semaines pour au final être payé au lance-pierre
  • Vous avez dû signer un article réécrit ou re-titré par votre chef pour être plus racoleur
  • Vous n’avez pas reconnu les images ni le sens donné aux images que vous avez ramenées d’un tournage
  • Vous avez eu l’impression de piétiner la déontologie de votre métier
  • Vous en avez souffert

Si vous vous sentez concernés par une ou plusieurs situations décrites ci-dessus, que vous souhaitez témoigner ou nous parler du journalisme auquel vous aspirez, contactez-nous à cette adresse : lesjournalistesatterres@gmail.com

Pour une presse indépendante
Les journalistes debout

Sophie Eustache et Julien Bonnet


Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre vendent dans la rue le journal interdit La Cause Du Peuple, Paris, 1970. Photo: Gilles Peress (source : Beauvoiriana)

Urgences

Violences policières : appel à témoins

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Rennes pont Saint-Germain

Matraque, tonfa, gaz, grenade, flash-ball, nasse…parce que la police ne peut user de la force en toute impunité : victimes, témoins : manifestez-vous !

Créé lors du mouvement social par des militants, lycéens, étudiants, avocats, médecins le collectif « Stop aux violences policières » lance un appel à témoins afin de recenser et dénoncer auprès du Défenseur des droits l’usage anormal et disproportionné de la force par la police.

Face aux violences policières en manifestation, nous – collectif de militants, lycéens, étudiants, avocats, médecins – allons saisir le Défenseur des droits, autorité indépendante sans lien avec la police ou la justice.

L’objectif est de faire état de l’étendue des violences policières sur les manifestants qui ne sont que trop peu recensées et médiatisées.

À la différence d’une plainte déposée à l’IGPN/IGS (police des polices) ou au procureur de la République, une saisine du Défenseur des droits (DDD) n’implique aucun risque de poursuites pour les manifestants.

Nous invitons donc toute personne victime, témoin ou détentrice d’images ou vidéos montrant un usage anormal et/ou disproportionné de la force par les policiers, à nous les communiquer. Ces vidéos seront floutées afin de garantir l’anonymat des autres manifestants :

  • Blocage par encerclement (dits « nasse » ou « keetling »).
  • Tir de flash-ball/LBD40 (ex. : tirs à bout portant, tirs à hauteur de visage…).
  • Utilisation abusive des gaz (poivre, lacrymo, cayenne…).
  • Lancé en cloche de grenades de désencerclement et de grenades assourdissantes…
  • Coups de matraque ou « tonfa » portés sur des parties vitales (tête, colonne vertébrale…).
  • Intervention violente de policiers en civil sans port du brassard marqué « Police ».
  • Tout autre usage disproportionné de la force, notamment au cours de l’interpellation.

S’agissant des victimes directes de violences policières, nous souhaiterions, dans la mesure du possible, obtenir de leur part :

  • Une copie du certificat médical (les médecins sont soumis au secret médical, inutile de mentir sur les conditions dans lesquelles vous avez été blessé et/ou interpellé. Il est fondamental que vous informiez le plus complètement possible le médecin qui vous examinera : ceux-ci ne sont pas autorisés à communiquer ces éléments à la police).
  • Des photos des blessures.
  • Un récit détaillé des événements (contexte de l’action et étendue des blessures).
  • Les témoignages seront reçus sur une boite mail sécurisée assurant l’anonymat des victimes comme des témoins. Une seule adresse : violencespolicieres@riseup.net

    Une telle procédure n’emportera aucune conséquence pour la personne qui nous contacte : le collectif s’emploie, en lien avec des avocats, à recenser pour dénoncer l’usage abusif de la violence par la police.

    Le collectif « Stop aux violences policières »

    Source : Paris Luttes Infos

    Photo : Rennes, premier mai 2016, pont Saint-Germain repeint en rouge en soutien aux victimes des violences policières.

    Sur le web

    L’information en mouvement

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    Riot in cell block 11

    Y’a un mouvement social ? Voilà ce que l’on peut se demander en allumant la télé, la radio ou encore en lisant les journaux de la presse mainstream. Après la surexposition des débuts nous revoilà revenus à l’habituel black-out médiatique ou rien ne semble exister en dehors quelques anecdotes de la place de la République parisienne. Pour se tenir au courant de ce qu’il ce passe en réalité, voici un tour de piste des sites d’information libre et participatif fait par celles et ceux qui sont en lutte !

    Voici donc les infos du réseau d’entraide Mutu Medias Libres et son fil dédié à la Loi Travail qui regroupe les sites des villes de Lyon / Paris/ Marseille/ Toulouse/ Montpellier / Tours / Brest

    Non au démembrement de la cité-jardin de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry (92)

    Les habitants constitués en Collectif en appellent aux architectes, urbanistes, professionnels de l'habitat, et militants écologistes, pour les aid

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    L'Or de la Plaine

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    Jacques Jouet, La République de Mek-Ouyes, 2001.

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    Macron a des idées de vieux cons. Il a beau être jeune (pas tant que ça quand même), il a beau avoir fait des études brillantes (pas si brillant

    Nous femmes du 18e, La Chapelle, Pajol, Barbès...

    C'est trop facile de se rappeler des femmes quand il s'agit de virer les pauvres et les étrangers. Et une fois de plus c'est les utiliser, c'est NOU

    Assemblée de Lyon et environs

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    Journée internationale de soutien aux prisonniers palestiniens en grève de la faim

    Un appel a été lancé pour une journée internationale de grève de la faim ce jeudi 25 mai, étant donné la situation des prisonniers palestinien

    RASSEMBLEMENT suivi d'une MARCHE en soutien aux 1500 prisonniers palestiniens en grève de la faim

    Mercredi 24 mai - 17H30 Place Félix Poulat - Infos Locales / Manchette, Anti racismes, Anti colonialisme / Anti impérialisme, Prison / Enfermements

    Macron, les Tati ne te disent pas merci !

    « Ma Tante » et Tati : quand on est pauvre, il y a des institutions qui arrangent les moments délicats et facilitent la vie de tous les jours. Ave

    Réaliser un compte-rendu d'une audience de comparution immédiate

    Souvent édifiantes sur le fonctionnement de notre société et de l'(in)justice qui la caractérise, les comparutions immédiates ne sont pas pour a

     

    Pour les autres villes, cliquez ci-dessous :

    Voir aussi le site de syndication Sedna Médias Libres qui recense bien plus de sites encore !

    Tous ces sites sont collaboratifs : ils n’attendent que vous pour publier vos infos !

    Article repiqué de Marseille Infos Autonomes.
    Image extraite du film Riot in cell block 11 (Les Révoltés de la cellule 11) de Don Siegel, États-Unis, 1954

    Articles

    Linux sur le bureau

    comments 4
    Tux Graffiti

    Enjeux, régression et tentatives de prospectives

    Le projet de noyau Linux, initié en 1991 par un étudiant alors parfaitement inconnu, Linus Torvald, reste le plus remarquable succès du Logiciel libre à ce jour. Plus largement il restera sans aucun doute un des éléments fondateurs de la formidable révolution qu’a connu l’industrie des nouvelles technologies au cours des dernières années : l’essor de l’utilisation des logiciels libres dans l’ensemble de l’économie numérique.

    Qui aurait osé rêver il y a quelques années que la majorité des smartphones, tablettes, montres et objets connectés de toutes sortes exécutent des systèmes d’exploitation avec Linux comme noyau ? Et au-delà de ces objets palpables par le grand public, qu’une grande partie des services proposés sur l’Internet, (messageries, Web…) mais aussi au niveau de son infrastructure (DNS, boxes des FAI) exécutent un système à base de noyau Linux ?

    Les raisons de ce succès sont connues : Linus Torvald est apparu avec les bonnes idées au bon moment.

    • Les bonne idées tout d’abord : le projet de développer un système d’exploitation de type UNIX pour ordinateur personnel face aux limites de MS/DOS (système mono-tâche, mono-utilisateur, propriétaire) répondait à un vrai besoin pour les développeurs/hackers de l’époque. Et surtout, le fait de proposer et de permettre à n’importe qui de participer au projet dès le début (release early, release often), sur la base d’une méritocratie. (Voir le célèbre texte de Eric S. Raymond « La cathédrale et le bazar »).
    • Le bon moment : le début des années 90 correspond d’une part à l’essor de l’ordinateur personnel à processeur Intel (compatible IBM, comme on disait à l’époque), devenu standard de fait (à l’exception d’Apple jusqu’en 2005), ce qui permit aux développeurs de partager une plate-forme unique. Ceci n’était pas écrit d’avance, si l’on considère la variété des architectures matérielles des années 80 (Amiga, Atari, etc.) dans le domaine de l’informatique grand public.
    • D’autre part, la démocratisation de l’accès à l’Internet au même moment permit aux développeurs de participer au projet en s’échangeant facilement les fichiers sources sans même se connaître ni se rencontrer, permettant la réalisation du modèle du bazar à grande échelle à un coût modéré.

    Malgré ce succès incontestable, il reste cependant un domaine dans lequel on peut estimer que Linux a rencontré un échec : son usage sur le PC client, entendu comme l’ordinateur personnel, portable ou non, utilisant les périphériques d’entrée traditionnels claviers/souris. Alors que cela constituait l’objectif initial de Linus Torvald : avoir un sytème de type UNIX sur son PC ! Même si de son propre aveu, l’objectif est atteint sur sa machine personnelle, force est de constater que Linux stagne sur cette plate-forme autour de 1% du marché… Voir l’article « Linus Torvalds : “Le desktop n’a pas été vraiment conquis” ».

    L’année du décollage de Linux sur le Desktop, attendue par certains comme le Grand soir, n’a pas eu lieu… Mais ceci constitue-t-il toujours le même enjeu à l’heure des terminaux mobiles ?

    Assurément non, si l’on considère la part de ses terminaux (smartphones, tablettes, terminaux pour voitures) sans cesse grandissante dans les usages de consommation de données (consultation, messageries, jeux, musique, podcasts et vidéos).

    Et l’on peut s’en réjouir, si l’on considère que nous assistons au spectacle d’une génération accédant à l’usage de l’informatique sans utiliser de produits Microsoft, qui plus est majoritairement sous Android, et donc en utilisant un noyau Linux…

    Mais il y a un mais : ces terminaux sont d’un point de vu matériel bien plus fermés que ne l’étaient les PCs qui les ont précédés… De là la difficulté à atteindre l’objectif d’un système d’exploitation libre : le fork libre d’Android Réplicant n’est installable et utilisable que sur un petit nombre de téléphones mobiles, datant de plusieurs années. Sans aller jusque là, les systèmes développés par Ubuntu ou Jolla se heurtent, malgré les compromis passés avec les pilotes propriétaires, à la réalité du marché et à un problème de poule et d’œuf : sans parts de marché suffisantes, pas de développeurs et donc pas d’applications. Sans applications, pas de parts de marché…

    Enfin y compris sur les OS les plus répandus (Android, iOS), la distribution de logiciels libres est restreinte voir impossible de par la politique des Stores uniques aux conditions d’utilisation abusives difficilement contournables pour des utilisateurs non-geeks…

    Mais la situation est-elle meilleure sur les ordinateurs « traditionnels » ? Force est de constater un certain nombre de régressions sur cette plate-forme ces dernières années. Une plate-forme qui, quoi qu’en disent certains pseudo-analystes qui annoncent régulièrement l’avènement d’une ère post-PC, constitue encore celle de choix pour nombres d’utilisateurs avancés et de producteurs de contenus, malgré les tentatives de proposer ce genre d’usage sur des produits comme les tablettes grand format ou des hybrides tablettes/PC (qui à force de compromis s’avèrent être de mauvaises tablettes ET de mauvais ordinateurs portables, même s’ils progressent).

    Par rapport à la situation d’il y a une dizaine d’années, celle où majoritairement dominait le PC sous forme de tours beigeasses, force est de constater que la facilité d’installation d’une distribution GNU/Linux ne s’est pas améliorée, bien au contraire…

    La liste des difficultés rencontrées est longue… Vous pouvez si le cœur vous en dit lire cette tentative d’énumération exhaustive : Major Linux Problems on the Desktop.

    Je me bornerai ici à décrire celles que j’ai pu rencontrer moi-même lors de mes nombreuses tentatives d’installation sur un grand nombre de PCs de toutes marques (y compris Apple). Je parle ici de matériel récent, post-2012. Ceux qui pensent qu’après tout il suffit d’installer Linux sur du matériel plus ancien peuvent arrêter là la lecture de cet article.

    UEFI/Secure Boot : Tous les PCs vendus à partir de 2012 (vendus avec Windows8 et suivants) sont fournis avec l’UEFI à la place du BIOS. Beaucoup d’avantages mais aussi source de problèmes. Secure Boot, activé par défaut, empêche de démarrer sur un système autre que Microsoft. Les distributions récentes sont sensées le gérer ou au pire on peut le désactiver dans un menu au démarrage pas toujours facile à trouver, sinon écran noir dés l’amorçage sur le périphérique d’installation.

    Sauf que :

    1– Il m’est arrivé que l’installation se passe bien mais à la dernière étape, l’installation du programme d’amorçage de Linux (GRUB) dans la partition UEFI, celle-ci était en lecture seule… J’ai dû sauvegarder le contenu de cette partition, la reformater et la restaurer. Tâche un peu ardue pour l’Unbuntero moyen…

    2– Il m’est arrivé que l’installation se passe bien mais que le PC continue de démarrer sous Windows même en indiquant dans l’UEFI de démarrer sur GRUB par défaut… Résolu au moyen de la commande bcdedit sous Windows… Là encore il y a de quoi en décourager plus d’un, même de bonne volonté…

    3– Support des périphériques : beaucoup de PC récents (et les portables en particulier) ont des périphériques supportés qu’au moyen de firmwares/blobs propriétaires, voire de pilotes propriétaires.

    On peut citer les GPU NVidia et AMD, même si les pilotes libres ont fait des progrès. Les portables vendus avec la technologie Optimus, (carte Intel + NVidia), apparus voici plusieurs années, commencent à peine à être correctement gérés…

    4– Les principaux fournisseurs d’adaptateurs Wifi et Bluetooth (Broadcomm, Realtek, Atheros) nécessitent aussi des pilotes propriétaires ou au moins des firmwares binaires pas toujours bien maintenus ou pas toujours bien fournis par les distributions…. Résultats : installation à la main, connexion instable, impossibilité d’utiliser les réseaux Wifi les plus rapides (802.11ac).

    5– Les imprimantes et les scanners : beaucoup ne fonctionnent qu’en mode restreint. Le pilote Windows est nécessaire pour utiliser les fonctionnalités avancées…

    6– Les touchpads mutlipoints : gestion basique du scrolling et des clics, pas de pinch-to-zoom et autres mouvements…

    Je pourrai continuer avec la mise en veille souvent hasardeuse, l’autonomie moins bonne que sous Windows à cause d’une mauvaise gestion du sommeil profond des derniers processeurs…

    En résumé, la multiplication des pilotes et des blobs/firmwares binaires, qui empêche l’installation d’une distribution 100% libre, pose problème même aux autres distributions plus enclines au compromis. Et rendent les choses de plus en plus difficiles.

    Il ne faut donc pas s’étonner de voir proliférer même chez les développeurs de logiciels libres l’usage de MacOSX et peut-être bientôt de Windows10 avec son intégration d’un sous-système GNU/Linux exécutant les binaires fournis par Ubuntu… Quitte à bouter une machine virtuelle Linux si cela ne suffit pas…

    Et pourtant il est possible d’acheter une machine dernier cri avec un BIOS libre (ou presque…), Coreboot, et un système Linux fonctionnant parfaitement (y compris le Trackpad !) : Un chromebook ! Alors, si Google et ses OEMs partenaires (Asus, HP, Acer, Lenovo…) y arrivent, ne désespérons pas !

    Mais cela nécessiterait une réelle volonté de la part des distributions et des OEMs de travailler ensemble à l’intégration de leurs produits, en liaison avec les développeurs upstream… Avec Redhat qui se concentre sur le serveur et Canonical sur l’embarqué, on ne semble pas en prendre le chemin… Et ce travail là ne peut reposer entièrement sur la communauté…

    Sur le web

    Nos têtes contre vos murs

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    Ça sent le Gattaz à Stalingrad

    Des graphistes ont pris l’initiative de créer zéro+zéro, une zone autonome temporaire pour diffuser affiches et flyer dans/pour le mouvement de lutte contre la loi Travail… et au-delà.

    « L’idée c’est bien sûr de suivre le production graphique du mouvement, de la donner à voir, de la documenter, mais surtout de servir de canal de diffusion. C’est pourquoi, lorsque cela est possible, nous proposons des fichiers à télécharger, de résolution suffisante pour que chacun et chacune puisse imprimer ces affiches ou ces flyers et les coller dans son quartier, pendant les jour et les Nuits debout, ou derrière son bureau au boulot » explique Seeker0 l’un des initiateurs de ce projet.

    Le site propose donc un portfolio avec des productions en quelque sorte “prête à l’emploi”, et par ailleurs un blog qui documente au fil des jours des éléments visuels, des images, des typographies, des graffitis, des pochoirs, ou encore des codes de communication qui ont cours dans le mouvement.

    « L’objectif du design graphique révolutionnaire, c’est de rendre la révolution irrésistible, et désirable, pour détourner une expression de la documentariste féministe afro-américaine Toni Cade Bambara » affirme de son côté Silouman, autre créateur de zéro+zéro.

    Parmi les premières choses diffusées, les affiches anti-travail de Sédition graphique et celles de l’UFR d’arts plastiques de Paris1 qui porte la critique croisée contre la loi El Khomri et l’état d’urgence. Où encore le flyer « Je lutte des classes », produit par le collectif Ne pas plier en 2010, et qui depuis joue à l’éternel recommencement à chaque mouvement de lutte… Mais aussi des productions originales conçues par des graphiste pour être diffusées par tous les moyens nécessaires.

    Mais au fait, pourquoi donc ce nom énigmatique, zéro+zéro ? « Ça on peut pas le dire » répondent en cœur les deux complices.

    Photo Aris Papathéodorou (CC by-nc-sa)

    Sur le web

    La carte et le territoire des violences policières

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    Lille 31 mars 2016

    Violences policières #LoiTravail est un site qui recense un certains nombre de violences policières les plus marquantes depuis le début du mouvement contre la Loi Travail. Un phénomène très loin d’être rare, contrairement à ce que peuvent affirmer gouvernants ou syndicats de policiers.

    Ce travail original, réalisée par Arnaud Constant, combine une carte de France où sont géolocalisé les villes où ont eu lieu les faits, et une timeline qui présente de façon chronologique un ensemble de photos, vidéos et liens vers des références disponibles sur le web.

    De son côté Rebellyon, qui reprend cette présentation, complète ce panorama avec une liste de liens vers des articles, aussi bien sur des sites d’information alternative, que des sites de médias. Un article qui sera mis à jour régulièrement.

    Photos: @ Julien Pitinome – Collectif OEIL

    Articles Samizdat

    Attention chutes d’images

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    Place de la République. Paris, 29 mars 2006.

    Faire des photos et des vidéos de la lutte en cours, les diffuser sur les réseaux sociaux ou les publier sur un blog personnel ou encore un site militant, sont devenus des pratiques courantes.
     
    Si c’est une bonne chose de ne pas laisser la production de l’information aux seuls “spécialistes”, c’est aussi une pratique à risque qu’il convient de maitriser. Il appartient en effet à chacun et chacune d’entre nous de ne pas se transformer involontairement en auxiliaire de police.
     
    Il va sans dire que la problématique est assez similaire en ce qui concerne les journalistes professionnels, photographes ou caméramans, qui sont nombreux autour du cortège et particulièrement lorsque cela “chauffe” un peu.
     
    Rappelons à toutes et à tous que la police, en plus de filmer et photographier directement les manifestations et actions de protestation, procède à une collecte systématique de ce qui circule sur le web, voire dans les rédactions des agences de presse ou des médias… Et n’hésite pas parfois à faire des perquisition et saisir des ordinateurs et des disques durs pour récupérer des éléments à charge.
     
    Pour la police cela permet en particulier :
     

    • D’identifier les “meneurs”, celles et ceux qui sont particulièrement actifs et impliqués dans le mouvement, qui seront en suite ciblés de façon sélective sur des manifs ou des actions.
    • De faire pression sur des militants pour leur interdire de participer à des actions directes sous peine de poursuites judiciaires.
    • D’inculper des gens après interpellation pour participation réelle ou supposée à des débordements.

    En ces temps de lutte généralisée contre la “loi Travail”, un usage raisonné et réfléchi des images est donc plus que vivement recommandé. En particulier :
     

    • Ne pas mettre en circulation sur les réseaux sociaux ou sur le web d’images de tension ou d’affrontements avec la police où des personnes peuvent être identifiées.
    • Si nécessaire (et à minima même), flouter les visages des personnes qui ont oublié de se masquer le visage alors qu’elles participent aux festivités. Ne pas être timides dans le floutage, la police dispose de logiciels performant pour faire apparaître les détails et les visage sur une image (remember NCIS).
    • Ne pas hésiter à supprimer purement et simplement après coup des images trop problématiques. Vous raterez peut-être le prochain prix WorldPressPhoto, mais le mouvement et les camarades vous en seront éternellement reconnaissants.
    • Pour les journalistes reporters d’images et reporters photographes, merci faire un éditing particulièrement serré de ce que vous soumettez aux agences ou aux rédactions. Le fait de “faire son travail” n’a en effet jamais été une excuse pour faire n’importe quoi.
    • Si vous avez réalisé des images d’événements sensibles que vous souhaitez archiver, ne pas les garder accessibles sur un disque dur… Il y a sur Mac, Windows ou GNU/Linux des solutions accessibles d’images disques cryptés.
    • Attention aussi aux services de diffusion vidéo en direct comme Periscope. Même si c’est du streaming, les images peuvent en être récupérées par la police.

    La lutte n’est ni un diner de gala, ni un défilé de mode.

    samizdat.net (nextstep crew) – 8 avril 2016

    Photo Gilles Klein (CC by-sa)